C'est autour de quelques bierres et de bons Carambars que Kaput Brain est parti à la rencontre de Aud, duo folk nancéen, à l'univers musical propre et intimiste.

Interview réalisée par Al. le 19/01/2012.

Kaput Brain : comment est née la formation Aud ?
Damien : Aud est née à la fête de la musique 2009. J'ai commencé le projet en solo et j'étais donc ce soir-là sur scène. Clément passait juste après moi avec son groupe. On a pris contact comme ça. Il m'a rejoint deux mois plus tard après avoir répondu à une annonce postée sur Facebook.
Clément : je trouvais que sa musique manquait un peu de percussions. Mais Damien cherchait à la base un pianiste pour l'accompagner. Comme j'avais déjà fait 10 ans de piano, je l'ai convaincu de l'accompagner.
D : on s'est très vite mis dans le bain avec un premier concert, en première partie de la Tchav'projet, des amis à nous, prévu une semaine après que Clément m'ait rejoint. On a répété six heures par jour pour être prêt. Si on avait pas eu ce concert, je pense que Aud n'aurait pas pris forme aussi vite. 

KB : pourquoi avoir fait le choix de jouer en duo ?
D : la formation duo s'est imposée naturellement. On n'a pas vraiment cherché à faire un duo, vu que ça marchait et que ça marche bien comme ça.
C : un duo est beaucoup plus à facile à gérer logistiquement, surtout pour les concerts. Une seule voiture suffit !

KB : comment composez-vous vos morceaux ?
C : on essaie de bosser au maximum les mélodies à deux. Mais chacun s'occupe de sa partie instrumentale quand même.
D : jusqu'à maintenant, je composais seul la guitare et les textes. On se retrouvait ensuite pour retravailler les morceaux. Maintenant, je me concentre sur des paroles, pour en avoir en avance.

KB : dans votre bio, vous définissez votre univers musical comme féerique. D'où vous vient l'inspiration pour le créer à chaque chanson ?
D : chacun de nos morceaux est en quelque sorte un conte ou une nouvelle avec une morale à la fin qu'on essaie de faire ressortir.
C : nos textes sont quand même engagés mais ils ne sont jamais politiques. Par exemple, notre chanson Chestefield dénonce le matérialisme, à notre façon.
D : nos textes sont en quelque sorte du « vécu romancé ».

KB : justement, sous cette forme un peu « poétique », vous traitez des sujets sérieux, inspirés de la réalité. L'univers musical que vous avez forgé vous aide à cela ?
D : notre musique apporte une autre image au monde qui nous entoure. Elle est en quelque sorte un support sur lequel on s'appuie. Mais ça reste quand même du ressenti. Par exemple, une de nos chansons fait référence au rapport inégal entre fille et garçon dans un couple. Pour en parler, je me suis inspiré de la Belle au dois dormant.
C : on interprète la réalité, à notre façon.

KB : pour construire votre univers, vous écoutez je crois beaucoup de folk d'outre-manche. Quels artistes vous inspirent ?
C : pour les classiques je te dirais Bob Dylan et Neil Young à moindre mesure. Pour les artistes actuels, je pense à Sufjan Stevens, Patrick Watson, ou au dernier Ben Howard,
D : n'oublie pas Cocoon pour le côté ukélélé (Rires). Plus sérieusement, c'est ce groupe qui a influencé en grande partie la formation de Aud.

KB : d'autres inspirations dans d'autres genres musicaux ?
C : pour ma part, oui. J'ai quatre grands frères musiciens qui ont baigné dans le rock. Du coup, j'ai écouté très jeune beaucoup des groupes comme Noir Désir, Nirvana ou System of a Down. Aujourd'hui, je suis plus ouvert à tous genres musicaux, notamment au jazz. Mon groupe préféré est Cat Empire, groupe ska-jazz australien. Ils sont tout simplement énormes !
D : à côté du folk, j'écoute beaucoup de progressif. Je m'intéresse pas mal à Kwoon notamment.

KB : depuis vos débuts, combien de concerts avez-vous joué ?
D : un peu près une quarantaine. On a notamment fait des grosses dates, en première partie de JP Nataf au Sonor'été à Lunéville, de l'Oncle Soul au Drop'n'Rock, et de Cascadeur à la MJC de Verdun. On joue aussi bientôt en première partie d'Imany à Mulhouse.
C : en moyenne, on essaie de jouer une ou deux fois pas mois.

KB : il y a quelques mois, vous avez joué au Nancy Jazz Pulsations, au Magic Mirrors. Comment s'est passée cette prestation ?
C : c'était cooooool même si on a eu quelques soucis techniques! (Rires)
D : j'ai pété une corde dès la première chanson. Ça nous a un peu déstabilisé mais après on a quand même bien géré je trouve.
C : j'ai assuré un solo de batterie de 12 minutes, le temps que Damien change sa corde. Je pensais juste jouer quelques minutes, mais ça a duré plus longtemps que prévu (Rires).
D : en tous cas, malgré cet imprévu, le public a quand même bien apprécié notre set !

Premier EP

KB : votre premier EP, sorti en 2010, s'appelle Origami (voir la kronique de la semaine dernière). Pourquoi ce nom ?
D : c'est tout simplement le nom de la première chanson de l'EP. C'est aussi ce titre qui illustre le mieux l'univers du groupe. Pendant un moment, on a décoré la scène avec des origamis.
C : pour la petite histoire, il existe une légende autour de cet « art du pliage ». Une légende veut que si tu réalises mille origamis, tu peux exaucer un vœux. Après la seconde guerre mondiale, une petite fille japonaise, malade à la suite des attaques nucléaires américaines, a essayé de guérir en réalisant ce mythe mais elle est morte avant d'avoir fini. Du coup, ses camarades de classe les ont terminé pour elle. La première chanson du EP raconte en fait son histoire.

Pochette d'Origami

KB : comment avez-vous sélectionné les cinq titres le composant ?
C : au coup de cœur tout simplement. On a choisi ceux que le public et nous aimions le plus sur le moment.
D : Origami retrace en fait notre première année d'existence. Contrairement à un album, un EP n'oblige pas un fil conducteur entre les chansons. Du coup, on s'est permis quelques libertés pour le choix du répertoire.
C : l'EP a aussi été l'occasion de ré-instrumentaliser certaines chansons, notamment Chesterfield, qu'on joue différemment sur scène.

KB : la pochette d'Origami est réalisée avec des couleurs plutôt "sombres", alors que votre univers musical inspire la couleur. Pourquoi ce choix ?
D : à la base, elle était plus avec des nuances bleu/gris. On avait choisi ces tons pour la sobriété et la simplicité, à l'image de Aud. Mais on a eu quelques soucis avec l'impression. Du coup, les couleurs sont un peu différentes (Rires).
C : il faut savoir aussi que la pochette a été réalisée par un de mes frères.

KB : justement, pour continuer sur votre pochette, il est indiqué dessus que vous vous êtes entourés de deux musiciens, extérieurs au groupe, pour enregistrer l'EP. Pourquoi avoir fait appel à eux ?
D : tout simplement par affinité. Ces deux musiciens sont en fait des amis à nous. Ce sont des anciens membres de Madame est trop bonne.

KB : un autre EP est-il en préparation ?
D : oui. Il est prévu pour le mois d'avril. Un titre a déjà été enregistré à l'Autre Canal. Les trois autres le seront à Liège, avec la participation de musiciens professionnels. La totalité du mixage sera fait en Belgique.
C : on a enregistré le premier titre à l'Autre Canal car on a gagné une journée de studio. Une occasion à ne pas louper !
D : ce coup-ci, le choix des morceaux a été plus mûri. Il y aura bien un fil conducteur, qui retracera comme le premier EP les derniers mois d'activité du groupe.

KB : une idée déjà pour le nom ?
C : (avec un air de démence) Clément et Damien ! (Rires)
D : disons qu'on est en train d'en discuter. (Rires)

KB : à part ce deuxième EP, vous avez d'autres projets à venir pour l'année ?
C : une tournée de 10 jours en août, dans le Nord et l'Est de la France. Cette année, on espère pouvoir jouer en dehors de la Lorraine.
D : j'aimerai jouer à Reims pendant cette tournée. Il y a un groupe là-bas que j'aimerai absolument voir !

KB : très bien. Je ne vois plus d'autres questions à vous poser. Un petit mot pour conclure cet interview ?
D : Carambar !
C : Carambar et Kronenbourg ! (Aucun rapport avec les mets consommés pendant l'interview....)

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